09.05.2008
Jésus prophète laïque. José María García Mauriño
Les chrétiens ne sommes pas des suiveurs d’un leader religieux, nous suivons un Prophète laïque. Jésus fut un laïque. Il n’a été ni prêtre ni fonctionnaire de la religion, ni rien de semblable. De plus, Jésus a vécu et parlé de telle manière qu’il est rapidement entré en conflit avec les dirigeants de la religion de son temps, les prêtres et les fonctionnaires du Temple, les représentants officiels du « religieux et du sacré ».
La grande révolution religieuse réalisée par Jésus, consiste à avoir ouvert aux hommes une autre voie d’accès à Dieu, qui ne soit pas le sacré. C’est-à-dire la voie profane de la relation avec le prochain pouvant aller jusqu’au sacrifice de sa personne.
Jésus a ouvert une autre voie d’accès à Dieu, à travers de sa propre personne, en acceptant de payer au prix de sa vie, le combat contre cette croyance que le culte religieux des prêtres avait le monopole du salut. Le salut venait d’ailleurs. Jésus dénonça les abus du pouvoir religieux et du pouvoir politique.
« Jésus exprima clairement que le chemin vers Dieu ne passe pas par le Pouvoir, ni par le Temple, ni par le Sacerdoce, ni par la Loi. Il passe par les exclus de l’histoire. » (Gonzáles Faus).
Une des erreurs les plus dangereuses dans laquelle l’Eglise est tombée, a été d’identifier la foi avec la religion et avec le sacré. De telle sorte que pour les évêques, le clergé et les fidèles inconditionnels, avoir la foi est la même chose qu’être religieux, avec une religiosité qui est centrée sur le sacré, c’est-à-dire, sur ce qui est séparé du profane et du laïque. De plus, « le religieux » et « le sacré », quand il est perçu comme l’unique vérité, est « le privilégié ».
C’est-à-dire, ce qui mérite et doit avoir droit à des privilèges qui ne sont pas à la portée des pratiquants des autres religions, des agnostiques et des athées. C’est ce qu’ils disent. Quant à nous, nous croyons que la communauté des croyants doit en finir avec les privilèges de l’Eglise. Et cela est important pour des raisons, non seulement juridiques, sociales et poliques, mais également pour des motifs strictement théologiques. L’Eglise trouve son origine en Jésus. Et sa première préccupation doit être d’essayer de vivre et de parler comme a vécu et parlé Jésus.
Il est à la fois significatif et étrange que lorsque les évangiles parlent des grands prêtres, c’est pour les présenter comme des agents de souffrance et de mort. Et dans la parabole du Bon Samaritain, Jésus n’a pas trouvé d’autre alternative que de présenter comme modèle d’humanité solidaire, un hérétique et un infidèle (le Samaritain), en même temps que les représentants officiels de la religion, passaient à côté de la souffrance humaine. Et c’est cela qui caractérise Jésus. C’est sur ce point qu’était focalisée sa grande préoccupation.
Pour Jésus, « l’humain » était plus important que « le religieux » et « le sacré ». L’humain est le « laïque », ce qui est commun à tous. « Laïque » vient du terme grec « Laos », « le peuple ». Et il est clai que Jésus mit le laïque avant le religieux. Quand Jésus, aux Noces de Cana, convertit l’eau en vin, il n’utilisa pas n’importe quelle eau, mais précisément, celle qu’il y avait, dans cette maison, « pour les purification rituelles ». C’est-à-dire que Jésus transforma l’énorme et pesant rituel religieux (6 outres de pierre de 100 litres chacune) en le meilleur vin, pour que la fête, la joie et le bonheur de vivre ne s’achève pas. Ceci est le propre du Royaume de Dieu, la félicité et la joie pour toutes et tous. Jésus a toujours mis l’humain et le laïque avant le religieux et le sacré.
Le caractère aussi peu « religieux » pour l’époque, attribué au Règne-Royaume de Dieu para Jésus, retient l’attention. Il ne tourne pas autour du Temple, aucun sacrifice et aucun acte cultuel n’est rendu obligatoire. Il n’existe pas non plus de fonctions sacerdotales ni de personnes qui agissent comme des intermédiaires. Sans aucun doute, Dieu est totalement au centre de ce message qui porte son nom. Mais c’est un Dieu déplacé des lieux sacrés.
Il se trouve maintenant au cœur du tumulte de la vie, surtout parmi les personnes et les groupes marginalisés, les petits, les malades, des percepteurs d’impôt, les prostituées, les pauvres, les sourds, les aveugles et les boîteux… Et il s’identifie avec les travaux quotidiens des gens : le semeur, le berger, la pêche, la femme qui pétrit la farine ou qui nettoie sa maison… Cette idendification avec l’homme, avec ses joies, ses souffrances, et ses mises à l’écart, permet au Royaume de Dieu de dépasser les limites culturelles et religieuses dans lesquelles Jésus lui-même a vécu. Pour cette raison, elle conserve une universalité, unt modernité et une « laïcité » actuelles.
(Ecclesalia Informativo).
traduit de l’espagnol par Pascal PILET
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12.08.2007
Et le Christ pleura dans les jardins du Vatican (Leonardo BOFF 3 août 2007)
En visitant les communautés ecclésiales de base du Nord amazonique, là où grandit une Eglise pauvre et libératrice, un responsable de communauté, fin connaisseur de la lecture populaire de la Bible m’a rapporté une vision, qu’il m’a assuré être véridique :
Alors qu’un jour, il se trouvait en chemin vers le centre communautaire, il se vit transporté, je ne sais si en rêve ou en esprit vers les jardins du Vatican. Soudain, il vit un Pape –aucun de ceux que nous connaissons- tout de blanc vêtu, entouré par ses principaux conseillers-cardinaux. Ils effectuaient leur habituelle promenade digestive dans les jardins en fleurs du Vatican. Tout d’un coup, le Pape vit, seulement à quelques mètres, la figure du Maître. Celui-ci apparaît toujours déguisé : quelquefois en jardinier, d’autres en pèlerin qui va à Emmaüs. Mais le successeur de Pierre, s’éloignant du groupe de cardinaux, avec perspicacité, identifia immédiatement le Ressuscité. Il se mit à genoux et voulut rappeler ce qui avait été dit à Pierre : être la pierre sur laquelle se construit l’Eglise. (" Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ") lorsqu’il fut stoppé net par Jésus. Regardant le Palais du Vatican au loi et la silhouette des bâtiments du Saint Siège, Jésus dit d’une voix triste : " Je ne te bénis pas, Simon, fils de Jonas et successeur de Pierre, parce que tout cela n’a pas été inspiré par mon Père qui est au Cieux, mais par la chair et par le sang ". A toi, je le dis, ce n’est pas sur ces pierres que j’ai édifié mon Eglise, parce que j’avais peur que dans un tel cas, les portes de l’Enfer puissent prévaloir sur elle. "
Le Pape demeura perplexe et posa son regard sur le visage de Jésus. Il vit que des larmes tombaient furtivement de ses yeux. Il se souvint que Pierre l’avait trahi à trois reprise, et que se repentant, il pleura amèrement. Il voulu articuler une parole, mais celle-ci mourut dans sa gorge. Lui aussi se mit à pleurer. Et le Seigneur disparut.
Les cardinaux entendirent les paroles du Maître et se pressèrent pour soutenir le Pape. Celui-ci leur dit alors avec une grande sévérité : " Frères, le Seigneur m’a ouvert les yeux. De telle sorte que les choses ne peuvent pas demeurer en l’état. Aidez-moi à réaliser la volonté du Seigneur. "
Le Cardinal camerlingue, le plus anciens de tous, déclara : " Oui, Sainteté, nous allons faire quelque chose pour suivre Jésus et la tradition des apôtres. Demain, nous réunirons l’ensemble du collège cardinalice présenta à Rome et nous invoquerons l’Esprit Saint, nous déciderons comment faire en conformité avec les paroles du Seigneur. "
Tous s’éloignèrent avec un sentiment de culpabilité, pendant que leur venaient à la mémoire ces scènes du Nouveau Testament qui font référence à Jésus se lamentant sur la cité sainte qui tuait les prophètes, lapidait les envoyés de Dieu et se refusait à réunir ses fils et filles comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes.
Quelques uns, cependant, commentaient : " frères, soyons réalistes et prudents, car nous devons vivre dans ce monde que nous contribuons à construire. Pouvons nous nier notre histoire ? Nous verrons bien ce que nous inspirera l’Esprit. "
Le jour suivant, alors que les cardinaux se dirigeaient vers la salle du consistoire, graves et tête baissée, le secrétaire du Pape arriva en courant et leur communiqua, presque en criant : " Le Pape est mort ".
Les funérailles furent célébrées avec la pompe coutumière des cardinaux, avec leurs vêtements brillants et colorés, venus de toutes les parties du monde. Une semaine plus tard, on enterra le Pape.
Et personne ne se rappela jamais plus des paroles que le Seigneur avait dites.
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28.05.2007
Indiens, descendants d’africains et mission de l’Église (Leonardo BOFF, 25/05/2007)
Les évêques latino-américains, lorsqu’ils ont abordé le thème central de la mission de l’Eglise à Aparecida, se sont sûrement confrontés à la question historique, à ce jour non encore résolue, qui tourne autours de la façon dont furent traités les indigènes et les descendants d’africains. Le christianisme en général s’est toujours montré sensible au pauvre, mais implacable et ethnocentrique face à l’altérité culturelle. L’autre (l’indigène et le noir) fut considéré comme un ennemi, païen et infidèle. Contre lui furent fomentées des « guerres justes : on lui lisait le « Requerimiento » (document en latin par lequel le roi était reconnu comme souverain et le Pape comme le représentant de Dieu), et en cas de refus, il était autorisé d’exiger une soumission par la force.
Nous ne devons jamais oublier que notre société est assise sur une grande violence, sur le colonialisme qui a envahi nos terres et a obligé à penser selon les moules culturels de l’autre, sur l’ethnocide indigène avec sa quasi extermination, sur l’esclavage qui a mis en pièces des millions de personnes, sur la dépendance actuelle des centres urbains, dépendance qui rend difficile notre cheminement autonome et qui va jusqu’à vouloir se passer de nous. Les inégalités sociales, les hiérarchies discriminatoires et le manque de sens du bien commun sont encore alimentés aujourd’hui par ce substrat culturel pervers.
Pour cette raison, nous avons encore entendu récemment, avec frayeur, que la première évangélisation ne fut « ni une imposition ni une aliénation » et que vouloir remettre en lumière les religions ancestrales serait « une régression et une involution ». Face à cela, nous ne pouvons cesser d’écouter la voix des victimes, qui résonnent jusqu’à aujourd’hui, témoins des revers de la conquista, telle que celle du prophète Chilam Balam de Chumayel « Oh ! soyons tristes parce qu’ils sont venus. Ils sont venus faire que nos fleurs fanent afin que seules vient leurs fleurs. Ils sont venus castrer notre sol. ». Et sa lamentation continue : « La tristesse a été introduite au milieu de nous, le christianisme… Ici commença notre misère, le début de notre esclavage ».
Selon Oswald Spengler, dans « La décadence de l’Occident », l’invasion ibérique a entraîné le plus grand génocide de l’histoire humaine. La destruction de 90 % de la population. Des 22 millions d’aztèques de 1519 ; lorsque Hernan Cortes entra au Mexique, il ne restait qu’un seul million en 1600. Et les survivants, selon le mot de Jon Sobrino, théologien récemment censuré par le Vatican, sont des peuples crucifiés suspendus à la croix. La mission de l’Église est de les en faire descendre et de les faire ressusciter.
Mais l’espérance des indigène n’est pas morte. Dans certaines communautés andines des anciens incas, est célébré, de temps en temps, un rituel de grande signification : on attache un condor, cet aigle des Andes au torce d’un taureau brave. Une lutte féroce et dramatique a lieu devant la multitude, jusqu’à ce que le condor, avec ses puissants coups de bec fatigue le taureau et le tue. Celui est alors mangé par tous. Il s’agit d’une métaphore : le taureau est la colonisation espagnole et le condor est l’inca de l’Altiplano andin. Il est procédé à un reversement symbolique : le vainqueur d’hier et le vaincu d’aujourd’hui. Le rêve de la liberté triomphe, au moins symboliquement.
La mission de l’Eglise est la justice et non la charité : renforcer la sauvegarde des cultures anciennes avec leur âme qui est la religion. Et ensuite, établir un dialogue dans lequel les deux se complètent, se purifie et s’évangélisent mutuellement/
14:55 Publié dans Leonardo BOFF | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


